Extrait de la causerie faite le 8 octobre 1905

à la Fédération Spirite Lyonnaise par Henri SAUSSE

 

 

Les uns après les autres, les vieux s’en vont. De temps à autre, nous accompagnons au champ du repos la dépouille mortelle de quelqu’un de ces ouvriers de la première heure qui dépensèrent sans compter leur temps, leurs connaissances, leurs efforts, et souvent leurs ressources pour la diffusion et le triomphe de notre chère philosophie. C’est comme témoin de leurs luttes, de leur dévouement, de leur foi ardente que je vous demande de vous entretenir pendant quelques instants des premiers pionniers du Spiritisme à Lyon, et de leurs travaux.

Vous le savez comme moi, c’est vers 1849-1850 que le Spiritisme nous vint d’Amérique sous la forme de ce passe-temps de tous les salons et de toutes les loges d’alors, qu’on appela la Danse des Tables. A Lyon comme ailleurs, cette maladie à la mode fit bon nombre de victimes, pardon, je veux dire qu’elle prépara bon nombre de sceptiques, d’incrédules, à écouter et à discuter les principes philosophiques qu’un glorieux enfant de Lyon, M. Denizard Hippolyte Léon Rivail, devait déduire de ces phénomènes et proclamer bien haut de sa voix puissante, sous le pseudonyme d’Allan Kardec.

Allan Kardec, par sa famille, appartenait à la magistrature lyonnaise ; par sa situation personnelle comme professeur, il avait des rapports nombreux avec les hommes de science et les philosophes, et ce fut au début dans ces classes de la société qu’il recruta ses premiers adhérents, ses premiers adeptes.

Par les attaches qu’il avait à Lyon, par ses relations de famille, par le fait de sa naissance en notre ville le 3 octobre 1804, Allan Kardec avait pour elle une prédilection marquée et y fit de fréquents voyages. C’est en avril 1857 que parut à Paris le premier Livre des Esprits, et que fut créé le 1er janvier 1858 la Revue Spirite. En septembre 1860 Allan Kardec vient à Lyon après s’être arrêté à Sens et à Mâcon ; il y est reçu avec acclamations et se félicite de la façon dont le Spiritisme est étudié et compris dans notre ville.

« Mais c’est surtout à Lyon, dit-il, que les résultats sont le plus remarquables. Les spirites y sont nombreux dans toutes les classes et dans la classe ouvrière, ils se comptent par centaines. La doctrine spirite a exercé parmi les ouvriers la plus salutaire influence au point de vue de l’ordre, de la morale et des idées religieuses. En résumé, la propagation du Spiritisme marche avec la rapidité la plus encourageante.

« La première chose qui m’a frappée, c’est le nombre des adeptes ; je savais bien que Lyon en comptait beaucoup, mais j’étais loin de me douter que leur nombre fût aussi considérable car c’est par centaines qu’on les compte, et bientôt, je l’espère, on ne pourra plus les compter.

« Mais si Lyon se distingue par le nombre, il ne le fait pas moins par la qualité, ce qui vaut mieux encore. Partout je n’ai rencontré que des spirites sincères, comprenant la doctrine sous son véritable point de vue. Il y a trois catégories d’adeptes ; les uns qui se bornent à croire à la réalité des manifestations et qui cherchent avant tout les phénomènes, le Spiritisme est simplement pour eux une série de faits plus ou moins intéressants.

« Les seconds y voient autre chose que les faits ; ils en comprennent la portée philosophique ; ils admirent la morale qui en découle mais ne la pratiquent pas. Pour eux la charité chrétienne est une belle maxime, mais voilà tout.

« Les troisièmes enfin, ne se contentent pas d’admirer la morale, ils la pratiquent et en acceptent les conséquences. Bien convaincus que l’existence terrestre est une épreuve passagère, ils tâchent de mettre à profit ces courts instants pour marcher dans la voie du progrès que leur trace les esprits, en s’efforçant de faire le bien et de réprimer leurs mauvais penchants. Leurs relations sont toujours sûres car leurs convictions les éloignent de toute pensée de mal. La charité est en toute chose la règle de leur conduite, et ce sont là les vrais spirites ou mieux, les spirites chrétiens.

« Et bien, je vous le dit avec bonheur, je n’ai encore rencontré ici à Lyon aucun adepte de la première catégorie ; nulle part je n’ai vu qu’on s’occupât de Spiritisme par pure curiosité ; nulle part je n’ai vu qu’on se servît des communications pour des sujets futiles ; partout le but est grave, les intentions sont sérieuses, et si j’en crois ce qui m’est dit, il y en a beaucoup de la troisième catégorie. Honneur donc aux spirites lyonnais d’être aussi largement entrés dans cette voie progressive sans laquelle le Spiritisme est sans objet. Cet exemple ne sera pas perdu ; Il aura ses conséquences et ce n’est pas sans raison, je le vois, que les Esprits m’ont répondu l’autre jour, par l’un de vos médiums les plus dévoués quoique l’un des plus obscurs, alors que je leur exprimais ma surprise : Pourquoi t ‘en étonner ? Lyon a été la ville des martyrs, la foi y est vive, elle fournira des apôtres au Spiritisme. Si Paris est la tête, Lyon sera le cœur. »

Au cours de ce voyage en 1860, Allan Kardec constate que s’il y a dans notre ville beaucoup de groupes de famille, il n’y a encore qu’un seul groupe public important, celui de Monsieur Dijoud, chef d’atelier aux Brotteaux, chez lequel les adhérents se réunissent le dimanche.

L’année suivante, Allan Kardec revient à Lyon et constate que des groupes importants ont surgi de tous côtés : il y en a à la Croix-Rousse, à Vaise, à Saint Just, à Perrache. Chaque quartier a le sien. C’est en effet de cette époque que date la Société Spirite Lyonnaise qui fut créée par nos amis Deprêle et Chevalier.

M. Deprêle avait été instituteur mais ses opinions libérales le firent mettre à l’index et écarter de l’enseignement. Sans occupations, sans profession manuelle, sans ressources, il accepta faute de mieux un emploi de manœuvre dans une fabrique de boulons et rivets dont M. Chevalier était le contremaître. C’est après leurs journées de labeur que tous les deux, avec une ardeur inlassable, un zèle qui ne se démentit jamais, étudièrent le Spiritisme et dirigèrent pendant près de trente ans les séances et les travaux de la Société Spirite Lyonnaise qu’ils avaient créée, et dont ils furent l’âme pendant si longtemps.

Dès cette époque florissaient à Lyon le groupe Viret, le groupe Devoluet, le groupe Finet, de MM. Roussel, Rey, Courtet, et combien d’autres qui par leurs travaux firent resplendir d’un vif éclat le Spiritisme à Lyon. Alors que Pezzani écrivait à Lyon où il était avocat, ses admirables ouvrages de philosophie, M. Edoux dirigeait avec un réel talent son journal La Vérité qui répandait la bonne nouvelle. Les médiums s’étaient multipliés dans toutes les classes de la société. Dans tous les milieux des groupes intimes s’étaient organisés, et c’est bien par milliers qu’Allan Kardec pouvait compter ses disciples dans notre ville.

L’esprit de tolérance était tellement à l’ordre du jour et le désir de propager la philosophie nouvelle si ardent parmi ses premiers pionniers, que les sacrifices d’amour-propre leur paraissaient tout naturel lorsque le spiritisme naissant y trouvait son compte.

En 1864, La Vérité de M. Edoux, afin d’augmenter sa sphère d’influence, devient La Tribune Universelle où chacun peut émettre et défendre sa manière de voir. Cependant les cœurs se raffermissent, le désir de propagande directe s’affirme plus intense et, le 15 février 1868, un nouvel organe arbore fièrement le drapeau d’Allan Kardec et la défense ouverte de la philosophie spirite. Soutenu par un groupe nombreux, avec M. Finet pour gérant, le journal Le Spiritisme à Lyon entre hardiment dans la lice, prêchant par la parole et par l’exemple la bonne nouvelle qu’il vient défendre. Ecoutez l’opinion qu’avait de lui un organe très avancé à l’époque, l’Avant-Garde :

« Il y a un petit journal dans notre ville qui, bien que nous ne partagions malheureusement pas ses opinions, aura toujours une large part dans nos sympathies : c’est Le Spiritisme à Lyon. Certes, nous serons rarement du même avis sur certains points, mais il est des idées qui rallient tous les hommes honnêtes de tous les partis, ce sont les idées nobles et généreuses, et sur ce terrain-là nous nous rencontrerons toujours côte à côte. »

Cette appréciation est d’autant plus élogieuse qu ‘elle émane d’un adversaire déclaré, prêt à mordre plutôt qu’à applaudir. Il est vrai que nos aînés ne se contentaient point de prêcher une noble et généreuse morale, ils savaient aussi la mettre en action.

Le bureau de la Société de secours fraternels était chez M. Finet au 69 rue Cuvier. Ce brave père Finet, comme nous l’appelions familièrement et auquel je fus présenté en novembre 1869, était tailleur en retraite et avait consacré à la propagande du Spiritisme naissant et ses loisirs et ses rentes. Il avait chez lui un groupe nombreux qui se réunissait tous les mardis à 8 heures. La salle de réunion qui pouvait à peine loger 30 à 35 personnes, en contenait presque toujours davantage. Les médiums, fort nombreux, étaient assis sur des chaises autour d’une vaste table, les auditeurs sur des bancs, aussi serrés que possible. La séance commençait à heure fixe et une fois que la prière était faite, personne n’était plus admis. Chez le père Finet, on évoquait de préférence et on priait surtout pour les esprits souffrants.

Vers la même époque, le groupe Bertrand avait ses réunions rue Victor Hugo. Si chez M Finet on évoquait plus particulièrement les esprits souffrants pour les consoler et leur venir en aide, chez M. Bertrand on les repoussait systématiquement, leur assignant, s’ils voulaient écouter, une place derrière la porte à côté du balai.

Malgré ces divergences de vue, et pas mal d’autres inhérentes aux hésitations d’une œuvre encore naissante, le Spiritisme à Lyon faisait son chemin à pas de géant, ayant à combattre, il est vrai, tous ceux dont il gênait les idées, les calculs, les situations acquises, mais ayant aussi de puissants auxiliaires dans les hautes sphères de la société. Les relations personnelles d’Allan Kardec, celles de Jean Reynaud, de Pezzani, de Bouillaut, de Carloti, etc. lui avaient ouvert bien grandes les portes du monde des lettres, du barreau, de la philosophie. Dans l’armée, le colonel Devoluet , le commandant Desprimos et bien d’autres, lui avaient donné ses grandes entrées. Tout lui assurait une prompte et complète diffusion lorsque le 31 mars 1869, le décès subit d’Allan Kardec vint plonger dans le deuil la grande famille spirite, et plus spécialement ses disciples et amis lyonnais.

Nos aînés étaient à peine remis de la douloureuse émotion produite par le brusque départ pour l’au-delà du fondateur de la philosophie spirite que, quelques mois plus tard, les angoisses de l’année terrible et le canon d’alarme de 1870 venaient appeler tous les regards sur notre frontière de l’Est forcée et envahie par les armées allemandes. Malgré les transes de l’heure présente, le journal Le Spiritisme à Lyon poursuit son œuvre de propagande. Mais arrive le 4 septembre, la patrie est en danger, Lyon est menacé d’invasion après la prise de Dijon. Tous les rédacteurs laissent leur plume et répondent à l’appel aux armes de la France trahie et blessée ; le journal cesse de paraître. Cependant, après de longs jours d’épreuves, la tourmente s’apaise, le calme revient, le pays cherche à panser ses blessures. C’est l’heure des tristesse à consoler, des deuils à rendre moins cruels. Le Spiritisme est prêt pour cette tâche humanitaire et son organe dans notre ville Le Spiritisme à Lyon reprend avec plus d’énergie son rôle de propagateur et de consolateur.

Quelques groupes ont également réouvert leurs séances, mais beaucoup des anciens membres sont restés au champ d’honneur. De nombreuses préoccupations assaillent tout le monde. Le brave père Finet fait des sacrifices réitérés pour soutenir son journal mais à la fin de 1873 il doit en abandonner la publication, qui lui a coûté plus de deux mille francs.

Malgré cet échec, le Spiritisme reprend sa marche à Lyon, mais sans cohésion dans ses divers organes. Il existe alors de nombreux groupes intimes mais sans rapports les uns avec les autres, ayant chacun leur point de vue mais sans méthode commune, ce qui fait de chacun d’eux autant de petites chapelles où le progrès est presque nul.

Aussi, lorsque l’Ordre Moral envoya à Lyon le proconsul Ducros, l’ensemble des groupes ne put offrir aucune résistance aux mesures prohibitives de ce préfet à poigne. Quelques groupes continuèrent leurs séances en restreignant à moins de 10 personnes le nombre des assistants. La plupart au contraire fermèrent leur porte pour ne plus la rouvrir que lorsque la bourrasque fut passée.

Seuls MM. Deprêle et Chevalier continuèrent leurs réunions publiques à la Société Spirite Lyonnaise. Chose plus bizarre, ils les poursuivirent sous l’œil paternel de la police qui avait un poste de gardiens dans la maison même où avaient lieu les séances le dimanche après-midi. Nos amis se réunissaient alors au 3 cours Charlemagne, dans un local sur cour qu’ils durent abandonner pour cause de démolition. Ils choisirent dans la même maison mais sur le devant, une salle de sous-sol, sorte de cave voûtée à laquelle on accédait par une quinzaine de marches et plusieurs détours dans un couloir sombre, éclairé par la lumière vacillante de lanternes.

C’est dans ces sortes de catacombes que se réunissait tous les dimanches dans une atmosphère suffocante, une assistance nombreuse que n’effrayaient pas les menaces de poursuites dont nous pouvions être l’objet, étant assimilés, je n’ai jamais compris pourquoi, au anarchistes, et regardés comme suspects.

Si en 1863 les obsèques de M. Renaud furent forcément laïques parce que le clergé d’alors refusa d’accompagner le cercueil d’un spirite, il n’en était plus de même en 1875. Vers cette époque M. Finet perdit son fils qui, comme lui, était spirite convaincu, et avait demandé à avoir des funérailles simplement spirites. Nous nous réunîmes à la maison mortuaire un matin d’hiver avant sept heures. Les enterrements civils devaient avoir lieu au lever du jour, à l’heure où on enlevait les immondices de la ville, selon les ordonnances du préfet Ducros. Ils ne pouvaient être suivis de plus de deux cents personnes : à ce nombre, les agents coupaient le convoi qui se continuait à cent mètres plus loin par une nouvelle section de deux cents. Comme nous étions plus de cinq cents à ces obsèques, le convoi fut divisé en trois tronçons. Sur la tombe, pas de discours, pas une parole, pas un insigne. On n’avait guère qu’un seul droit, celui de défiler sans rien dire.

A cette époque, la terreur était partout dans la famille spirite, aussi grande parmi les adeptes de la philosophie nouvelle que parmi les esprits qui assistaient les médiums. Le groupe Finet ayant été fermé, avec quelques-uns des médiums qui y assistaient, M. et Mme Hiver, M. et Mme Motteroz, Mmes Olivier et Lambert, nous reprîmes les séances dans ma chambre de garçon, rue Mazenod. Après chaque réunion, les communications étaient brûlées pour ne laisser aucune trace en cas de perquisition. Le cauchemar fut heureusement de courte durée et nous pûmes bientôt reprendre les réunions publiques dans un local sombre et humide de la rue Madame, que nous quittâmes peu après pour nous installer 14 rue Moncey où les réunions continuèrent jusqu’au décès du brave père Finet. Dans la même maison habitaient alors M. et Mme Motteroz. Nous nous réunissions aussi dans leur appartement trois fois par semaine pour le soin des malades par le magnétisme, avec M. Croizier, M. Rose, M. Bertrand et quelques autres dont les noms m’échappent. Les séances étaient absolument gratuites ; nous étions tous alors imbus de ce principe qui dans tous les numéros du Spiritisme à Lyon avait servi de titre à une suite d’articles du journal : Donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement. Des résultats heureux ayant répondu à nos efforts, l’affluence des malades était très nombreuse de 8 à 10 heures du soir, heure où finissaient généralement les séances.

De nombreux médiums s’étaient développés, manifestant leur faculté sous toutes les formes ; beaucoup rendirent à la cause spirite d’importants services.

Mais il y avait à cette époque un préjugé qui fit beaucoup de tort au Spiritisme dans certains groupes, c’est celui qui voulait qu’un esprit souffrant se manifestant par un médium possessif devait, pour bien marquer son état, torturer le médium et lui imprimer des attitudes de convulsionnaire. De là des scènes parfois terrifiantes, parfois grotesques, qui éloignaient les débutants et jetaient le discrédit sur notre philosophie. Pour remédier à un tel état de chose, nous entreprîmes avec plusieurs amis magnétiseurs comme moi, de neutraliser par la force de notre volonté et par celle de notre regard, ces médiums trop tapageurs ; et non sans peine et sans protestation, nous pûmes convaincre les médiums et nos adeptes de l’erreur de ce préjugé.

Le temps avait passé sans incident notable, sans que des manifestations transcendantes vinssent secouer la torpeur de nos adhérents. La perte du procès Buguet à Paris avait jeté le discrédit sur le Spiritisme et le désarroi dans les rangs de ses fidèles qui, un à un, reprenaient le chemin de l’au-delà. Pourtant à Paris, avec des éléments jeunes et actifs, l'Union Spirite Française arborait fièrement le drapeau d’Allan Kardec. M. Leymarie ne voulant pas de son côté paraître indifférent tandis que d’autres prenaient si courageusement la défense de notre philosophie, passa par Lyon et Toulouse avant de se rendre à Bordeaux à propos de la succession de M. Roustain. Sa présence dans notre ville fut l’occasion d’une assemblée générale qui eut lieu le 6 mai 1883, salle des Folies Lyonnaises. Nous étions là réunis sur carte d’invitation personnelle mille à onze cents assistants, représentant une trentaine de groupes qui avaient coopéré aux frais de cette assemblée.

La réunion fut présidé par notre ami M. Laurent de Faget qui non seulement présenta M. Leymarie à l’assistance, mais dans un discours éloquemment tourné, jeta les premiers jalons pour la création d’une Fédération Spirite Lyonnaise. L’idée était dans l’air et fut adoptée par acclamation, et lorsque le 15 juillet suivant l’assemblée fut convoquée à nouveau pour nommer un bureau et un comité définitif, elle avait reçu plus de 250 adhésions.

Notre inexpérience dans l’organisation de la fédération nouvelle trompa notre bonne volonté et nous dûmes bientôt reconnaître qu’au lieu d’organiser une réunion de tous les groupes, nous en avions simplement créé un nouveau dont les éléments étaient pris dans tous les autres.

Lorsque les statuts de la société naissante furent élaborés, son titre fut également modifié et elle devint la Société Fraternelle pour l’Etude Scientifique et Morale du Spiritisme avec M. Laurent de Faget pour président. Les statuts furent soumis à la Préfecture du Rhône et la société autorisée par arrêté préfectoral du 12 mars 1884, avec approbation ministérielle.

La Société Fraternelle se réunit d’abord rue Grolée, puis rue Palais Grillet, et en 1886 au 7 rue Terraille où elle est restée depuis. Vers la même époque la Société Spirite Lyonnaise venait s’installer dans le local où nous sommes réunis aujourd’hui, 14 cours Charlemagne.

Au cours de l’année 1885, des pourparlers furent engagés entre la Société Spirite Lyonnaise, la Société Fraternelle et divers groupes en vue de reprendre et d’organiser sur de nouvelles bases la Fédération qui avait échoué une première fois. Il fut convenu que la nouvelle organisation n’aurait pas d’adhérents spéciaux, pas de président, pas de commission, mais un simple comité de trois membres dont firent partie MM. Deprèle et Chevalier au nom de la Société Spirite Lyonnaise et moi au non de la Société Fraternelle, représentant non seulement nos sociétés mais les groupes qui adhéraient à chacune d’elles. Parmi cette trentaine de groupe, laissez-moi vous rappeler le Groupe Amitié dont j’ai publié les travaux en 1895, le groupe Solidarité à qui nous sommes redevables de plusieurs ouvrages médianimiques (entre autre les Origines et les Fins, par trois dames lyonnaises) ; le groupe Allan Kardec, celui du Progrès, le groupe Dauphine, les groupes Béziade, Guérin, Koch, Garnier, Damian, d’Oullins, de Pierre-Bénite, etc. Chacun de ces groupes était représenté par un délégué aux réunions de la Fédération, ou la totalité de ses membres aux assemblées générales qui eurent lieu à maintes reprises, notamment en 1885 pour protester contre le congrès que M. Guérin de Bordeaux proposait de réunir à Rome, en 1887 pour adhérer au congrès spirite de Barcelone, en 1889 pour la rédaction du mémoire à soumettre au nom de la Fédération Spirite Lyonnaise au congrès de Paris. Ce fut cette assemblée générale qui nomma Mme Koch, M. Chevalier et moi comme délégués au congrès de 1889. C’est aussi en assemblée générale au M. Gabriel Delanne fut prié de représenter la Fédération Spirite Lyonnaise au congrès spirite de Londres en juin 1898, et M. Léon Denis de parler en notre nom à celui de 1900. C’est également sous les auspices de la Fédération que furent organisées les conférences à Lyon de MM. Léon Denis, Gabriel Delanne, Metzger, de Reyle, Gaillard, etc., ainsi que les nombreuses fêtes de famille qui ont été données chaque année.

Chaque année depuis 1887, le comité de la Fédération s’est réuni en décembre pour attribuer les pensions qui sont faites tous les ans par la Caisse de Secours aux vieillards ou infirmes nécessiteux. L’idée de cette caisse de secours m’avait été suggérée par le compte-rendu du congrès de Barcelone, le souvenir de la caisse d’assistance fraternelle d’autrefois, et le désir d’affirmer par des actes la valeur sociale de la philosophie spirite.

Nous arrivons maintenant à une époque qui me semble trop près de nous pour qu’il soit besoin de vous en parler. Vous savez aussi comment, malgré tout, notre Fédération Spirite Lyonnaise a poursuivi son œuvre et vous êtes résolus, je n’en doute pas, à continuer la tâche que nous nous sommes tous assigné de mener à bien.

J’aurai fini ce coup d’œil rétrospectif lorsque je vous aurai dit que la Fédération Spirite Lyonnaise, de 1884 à 1890, fit éditer à 10 000 exemplaires  une brochure de propagande Espérance et Courage, qui pendant ces six années fut adressée toutes les semaines dans les familles où le décès d’un enfant avait eu lieu. Je dois mentionner encore comme œuvre de propagande le journal la  Communication entre les Morts et les Vivants qui, pendant douze ans, fut distribué gratuitement le jour de la Toussaint et le 2 novembre à la porte des cimetières, journal dont la rédaction était des mieux soignée et dont les promoteurs gardèrent toujours l’anonymat.

Nos aînés étaient tous imbus des principes d’Allan Kardec ; ils avaient reçu directement les leçons et les principes du fondateur de la Philosophie Spirite et ils s’efforçaient de les mettre en pratiques en y conformant leur conduite. Revenons, mes amis, aux sentiments de nos devanciers, à leur foi éclairée et ardente, à leur désintéressement ; étudions avant tout la philosophie spirite pour mieux la connaître et y conformer notre conduite. Redevenons les adeptes de la troisième catégorie dont parlait Allan Kardec. Ne cherchons dans le Spiritisme qu’un moyen de nous perfectionner, de nous améliorer et non un tréteau pour débiter des boniments et battre monnaie.

Soyons les fidèles disciples d’Allan Kardec ; souvenons-nous que le Maître a dit : Il ne sert à rien de croire aux manifestations spirites si l’on ne conforme pas sa conduite à ses principes ; le véritable spirite est celui dont on peut dire : Il vaut mieux aujourd’hui qu’hier.